Changement de loi · Marché du travail · Régime sans visa

Fin du travail en régime sans visa pour les ressortissants du Venezuela, de la Géorgie et de la Colombie

Date de publication : 10 août 2026 · Auteur : Dariusz Włodarczyk Kancelaria TRC · Temps de lecture : env. 9 min
Un agent de la Garde-frontière en gilet portant l'inscription STRAŻ GRANICZNA observe la salle des départs d'un aéroport ; à l'arrière-plan, un autre agent, des passagers et un avion à la passerelle.
Matériel propre de COSC · illustration générée par IA. Contrôle frontalier à l'aéroport — vérification du motif d'entrée en régime sans visa.

Le 7 août 2026, un règlement a été publié au Journal des lois (Dziennik Ustaw), fermant l'une des « portes dérobées » d'emploi les plus utilisées : les ressortissants du Venezuela, de la Géorgie et de la Colombie ne pourront plus travailler en Pologne sur la base d'un permis de travail s'ils y séjournent uniquement au titre du régime sans visa. Nous expliquons ci-dessous ce qui change exactement, qui est concerné, à quoi ressemble le marché du travail polonais dans ce contexte et quelles voies légales d'emploi subsistent.

1. Ce qu'introduit le règlement

Il s'agit du règlement du ministre de la Famille, du Travail et de la Politique sociale du 31 juillet 2026 relatif à la liste des États dont les ressortissants titulaires d'un permis de travail ne sont pas autorisés à exercer un travail pendant leur séjour sur le territoire de la République de Pologne au titre du régime sans visa (Journal des lois 2026, pos. 1072). L'acte a été pris sur le fondement de l'art. 3, al. 4 de la loi du 20 mars 2025 relative aux conditions d'admissibilité de la confie de travail aux étrangers sur le territoire de la République de Pologne (Journal des lois 2025, pos. 621).

Le texte est court et tient en trois paragraphes :

Quand entrera-t-il en vigueur ? La publication a eu lieu le 7 août 2026, et le règlement entre en vigueur 14 jours après cette date — soit dans la seconde moitié d'août 2026. La presse indique la date du 21 août 2026. Il convient de confirmer le jour exact dans le texte du Journal des lois 2026, pos. 1072.

2. Qui et quoi l'interdiction concerne — et ce qu'elle ne concerne pas

Cette restriction n'est pas une interdiction d'entrée ni de séjour. Les ressortissants du Venezuela, de la Géorgie et de la Colombie peuvent toujours venir en Pologne en régime sans visa (séjour jusqu'à 90 jours par période de 180 jours), tant que les règles de l'UE sur l'exemption de visa ne changent pas. Une chose change, mais essentielle : le seul séjour sans visa cesse d'être un titre permettant de travailler légalement avec un permis de travail.

L'interdiction ne couvre pas le travail exercé sur une autre base de séjour « plus solide », en particulier :

La logique de la disposition est donc la suivante : le régime sans visa est destiné aux courts séjours (tourisme, visites familiales, affaires), et non à gagner sa vie ; le travail d'un étranger devrait être lié à un titre de séjour plus formalisé.

Attention au modèle « sans visa + travail + carte de séjour ». Jusqu'à présent, une pratique fréquente était : entrée en régime sans visa, prise d'emploi sur un permis/une déclaration et, en parallèle, dépôt d'une demande de séjour temporaire. Après l'entrée en vigueur du règlement, ce schéma cesse de fonctionner pour les trois États indiqués au stade du « travail en régime sans visa ». L'emploi doit reposer sur un visa ou une carte de séjour.

3. Le marché du travail polonais : combien d'étrangers et combien de bras manquent

Le changement intervient à un moment où le marché du travail reste tendu et où l'économie profite fortement de la main-d'œuvre étrangère. Les chiffres clés (données de l'assurance sociale ZUS et de l'office statistique GUS au tournant 2025/2026 et au 1er semestre 2026) :

Les étrangers — dont, jusqu'à présent, les ressortissants de la Colombie, du Venezuela et de la Géorgie — comblaient le manque surtout dans la construction, les transports, la logistique, l'agriculture, les services et la production simple. Ce sont des emplois qu'une partie des travailleurs nationaux n'acceptent pas en raison des conditions, du prestige ou du salaire, et non parce qu'il n'y aurait physiquement « pas » de candidats.

4. Pourquoi précisément ces trois pays — économie, sécurité, politique

Le choix sélectif des États rend le règlement difficile à expliquer par la seule situation du marché du travail. Dans le débat public, au moins trois lectures de cette décision s'affrontent ; nous les présentons comme les positions des parties, et non comme notre appréciation.

L'argument de la sécurité et de l'ordre (le camp gouvernemental)

Le ministère du Travail et le ministère des Affaires étrangères soulignent que le régime sans visa a été systématiquement détourné — pour gagner sa vie en contournant les exigences, ce qui favorisait le séjour irrégulier et la mise au travail illégale. Des données sur l'ampleur du phénomène sont citées : le nombre de documents légalisant le travail délivrés aux ressortissants colombiens est passé d'environ 12 300 (2023) à environ 40 400 (2024), et les contrôles révélaient un fort pourcentage de travail illégal ; dans le cas de la Géorgie, la question de la criminalité et du trafic d'êtres humains est soulevée. Cela s'inscrit dans la stratégie migratoire annoncée en octobre 2024 et dans le durcissement général de la politique (moins de visas, moins de nouveaux permis, plus de retours).

L'argument économique (le camp des employeurs)

Les organisations d'employeurs soulignent que, avec une demande de travailleurs persistante et un nombre élevé de postes vacants, couper un canal supplémentaire d'afflux de main-d'œuvre peut freiner la croissance et aggraver les pénuries dans les secteurs dépendant des migrants. Dans cette optique, le règlement est parfois jugé « à courte vue » au regard des besoins de l'économie.

Le volet politique et électoral

Dans les commentaires apparaît aussi la thèse selon laquelle de tels signaux fermes en matière de politique migratoire remplissent la fonction d'un message politique, adressé à une partie de l'électorat craignant la concurrence sur le marché du travail et la présence croissante d'étrangers. Cela doit être traité comme une interprétation présente dans le débat, et non un fait démontrable : le règlement lui-même se réfère à des motifs d'ordre public et de sécurité, et non au calendrier électoral. Une appréciation rigoureuse exige de distinguer trois ordres — le juridique (ce que dit la disposition), l'économique (quel effet sur le marché) et le politique (comment la décision est communiquée).

Notre conclusion prudente. Du point de vue de la pure économie, la restriction paraît contraire à la demande actuelle de travailleurs. Du point de vue de la politique migratoire, elle est cohérente avec un cap vers le resserrement et le contrôle. Quels motifs l'ont emporté demeure une question d'appréciation — les sources disponibles ne permettent pas de trancher avec certitude.

5. Que faire : voies légales de travail et évaluation des risques

Pour les employeurs et les étrangers des trois États concernés, l'essentiel est de passer du modèle « sans visa + travail » à un titre de séjour autorisant le travail. Solutions possibles :

1
Visa national de type D à des fins de travail. Obtenu avant l'arrivée ou dans une autre configuration, il permet de travailler avec un permis de travail sans lien avec le régime sans visa. Il exige toutefois une procédure consulaire et du temps.
2
Permis de séjour temporaire et de travail (carte de séjour), y compris le permis unique. Depuis le 27 avril 2026, les demandes de séjour temporaire se déposent par voie électronique sur le portail MOS (mos.cudzoziemcy.gov.pl). Une demande déposée au plus tard le dernier jour du séjour légal, sans défauts formels, garantit la légalité du séjour jusqu'à la résolution de l'affaire (art. 105 et art. 108 de la loi sur les étrangers).
3
Régularisation des personnes déjà en emploi. Quiconque a commencé à travailler en régime sans visa avant l'entrée en vigueur du règlement bénéficie de la disposition transitoire (§ 2) — mais seulement jusqu'à la fin de la période actuelle de séjour sans visa. C'est un délai réel, quoique court, pour passer à un visa ou à une carte de séjour.
Évaluation des risques. Travailler avec un permis en régime sans visa après l'entrée en vigueur des règles constituera une mise au travail illégale — avec un risque de sanctions pour l'employeur (une amende) et de conséquences en matière de séjour pour l'étranger (jusqu'à une décision de retour et une interdiction d'entrée incluses). Le risque le plus élevé concerne les schémas fondés uniquement sur le régime sans visa et les situations où la période transitoire du § 2 expire alors qu'un nouveau titre de séjour n'a pas encore été obtenu. Nous recommandons de planifier la voie à l'avance (visa D ou MOS) et une consultation juridique individuelle — la situation de fait de chaque personne peut différer.

Vous employez des ressortissants de la Colombie, de la Géorgie ou du Venezuela ?

Nous examinerons votre modèle d'emploi et choisirons une voie sûre — visa national ou carte de séjour via MOS — afin qu'aucune lacune dans la légalité du travail et du séjour n'apparaisse.

Écrivez-nous sur WhatsApp

ou appelez : +48 539 999 549

Note juridique : cet article a un caractère informatif et ne constitue pas un conseil juridique. État du droit : août 2026 (Journal des lois 2026, pos. 1072 ; loi du 20 mars 2025, Journal des lois 2025, pos. 621 ; loi du 12 décembre 2013 sur les étrangers). Chaque affaire est différente — consultez un avocat avant de prendre une décision. Responsable du traitement des données : Dariusz Włodarczyk Kancelaria TRC.

Sources : règlement du ministère de la Famille, du Travail et de la Politique sociale du 31.07.2026 (Journal des lois 2026, pos. 1072) ; art. 3, al. 4 de la loi du 20.03.2025 relative aux conditions d'admissibilité de la confie de travail aux étrangers (Journal des lois 2025, pos. 621) ; données du marché du travail : GUS « Demande de travail » et ministère de la Famille, du Travail et de la Politique sociale ; données sur les assurés : ZUS. Il convient de vérifier les chiffres et les dates dans les communiqués actuels de ces institutions avant d'agir.